L’été des dernières volontés

Eté 1597, chaleur sur les pavés de Saint-Jean. Les rues sont désertes. Les gens ont peur. A l’abri dans les maisons, on peut entendre de bien étranges conversations. Une scène cocasse se déroule proche de la place du marché, une femme, Clara Durix, prononce ses dernières volontés depuis sa fenêtre à l’étage. En bas, le notaire prend note et des témoins assistent l’événement. Que se passe-t-il à Saint-Jean-le-Vieux cet été 1597 ?

[Article publié en Une dans Le Journal du Bugey en septembre 2015]

La Peste ! La maladie venue des rats fait rage dans le village. La liste des victimes s’allonge et tout le monde suspecte l’état de santé de son voisin. Se sentant condamnés, quelques habitants décident de faire leur testament avant que la peste, qu’ils savent incurables, ne les emportent définitivement.

Les archives permettent de retrouver six ultimes volontés reçues par le notaire à Saint-Jean-le-Vieux entre le 13 juillet et le 15 septembre 1597 : Benoît Roux, Andréa Colin, Jean Mermand, Clara Durix, Louise Buliffon et Tiennette Bossud. Ces patronymes sont encore présents sur la commune. Tous sont conscients du sort fatal que la peste leurs réserve.

Les actes mentionnent tous une triste formule : « Considérant que toute créature est sujette daller de vie à trépas et qu’il n’y a rien de plus certain que la mort, n’y chose plus incertaine que l’heure d’icelle… ». Le testament est oral, l’illettrisme est important. Deux témoins étrangers à la famille sont présents pour sa validité. Mais la maladie emporte beaucoup de monde, si bien qu’il est difficile de trouver les témoins. Curés, nobles, patriciens sont donc mis à contribution pour assister au testament.

Les testateurs choisissent le lieu de leur sépulture : édifices religieux pour les nobles, cimetières pour les autres. Un nombre de messe après la mort est également programmé ainsi que leur coût. Les dons pour la paroisse sont courants. Benoît Roux lègue par exemple un noyer.

Les noms des légataires sont mentionnés, mais triste période, les mourants donnent souvent des noms d’autres personnes qui se substitueraient au cas où leurs héritiers seraient eux aussi emportés par la peste. Dans le contexte de la contagion, la durée de vie pour chacun était incertaine.

Les malades plus pauvres logeaient dans des baraques de bois, construites loin du centre-ville pour limiter la contamination. Après le décès des pestiférés, les maisons sont désinfectées par fumigation, les meubles lavés. Les cabanes en bois brûlées et le climat de suspicion est pesant. Pour combien de temps encore ? On entend déjà un voisin tousser ou se plaindre de fièvre. Décidément, l’été 1597 n’est pas terminé.

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